Justes proportions, riches textures, couleurs variées… Qui se penche un peu sérieusement sur le petit patrimoine en Corrèze ne s’y trompe pas. L’homme, puisant matière dans ce qu’il avait ici à portée de main, a fait admirablement les choses et chaque édifice, qu’il s’agisse d’un oratoire, d’une chapelle, d’un four à pain ou d’un simple poulailler, est un modèle de communion avec la nature et le paysage. La roche (granit, gneiss, grès, calcaire, micaschiste, schiste ardoisier), la terre crue (torchis, mortier d’hirondelle) ou cuite (tuile), le bois et jusqu’aux tiges des céréales n’ont-ils pas fourni le matériau à qui voulait construire de façon économe et respectueuse ?
A la fin du xixe, l’arrivée du train en cette contrée jusque-là à l’écart des grands axes de communication, tout en apportant le « progrès » et les techniques nouvelles, a changé brutalement le rapport de l’homme à son bâti. Et bien vite, en quelques décennies, le petit patrimoine, délaissé, envahi par l’herbe, enseveli sous la ronce, a menacé ruine…
La prise de conscience, depuis les années 1980, de l’intérêt patrimonial de nos fontaines, serves, lavoirs, petits ponts et moulins d’eau, séchoirs à châtaignes et à noix, pigeonniers et murets a heureusement permis d’interrompre « l’œuvre du temps ». Sauvés, restaurés, valorisés, les éléments de ce petit patrimoine, en s’étendant au chemin, au pré, à l’arbre, ne font plus de doute. Et cet inventaire de charme, richement illustré et soigneusement commenté, d’Altillac à Darnets en passant par Tarnac, suffit à nous convaincre que les 286 communes de la Corrèze recèlent dans leurs pierres toute une histoire humaine. Mieux encore, cet ouvrage de référence, nous invite à retrousser nos manches. Ne reste-t-il pas ici et là, en Corrèze et ailleurs, tant de merveilles à sauvegarder ?