L’image du maçon partant, une fois les grues passées, balluchon sur l’épaule, pour ne revenir auprès de sa famille qu’à la Saint-André, est gravée dans la mémoire collective et a forgé une grande partie de l’identité creusoise. L’émigration marchoise, plusieurs fois centenaire, prend son véritable essor au lendemain de la Révolution et atteint son apogée vers 1850. Trente ans plus tard, l’émigration annuelle devient définitive ; c’est l’installation dans la capitale, et le retour au pays devient l’exception. La Première Guerre mondiale met un terme à ce phénomène, qui est et restera l’histoire des maçons de la Creuse.
Danièle Demachy-Dantin retrace la naissance du mouvement, suit les itinéraires empruntés par les maçons jusqu’à Lyon ou Paris, évoque leur vie quotidienne, sur les chantiers, mais aussi dans leurs chambrées insalubres, et brosse un portrait de celui qui demeure la figure emblématique de ces hommes rudes, Martin Nadaud. L’auteur ne néglige pas pour autant ceux qui, restés au pays, doivent vivre sur une terre blessée, et s’attarde sur les conséquences sociales, économiques et psychologiques de cet important flux migratoire.