Sur cette terre limousine, Robert Guinot le rappelle en préambule, l’eau est omniprésente : eau vive des rigoles qui drainent les prairies humides, eau sauvage des cascades et des torrents, eau dormante des étangs, des lacs et des barrages, eau capricieuse des ruisseaux et des rivières qui s’élancent, indécises, tantôt vers la Loire, tantôt vers la Garonne…
L’eau, on l’a compris, est ici à la source de toute une histoire. Que serait la vie de ce pays sans ses fontaines, ses puits, ses lavoirs et ses pêcheries ? Qu’aurait été le développement de l’activité humaine sans la force hydraulique faisant vivre mille métiers, transmettant son infatigable énergie aux papeteries, scieries et filatures ? Histoire mouvementée au gré des colères des rivières, comme celle de 1845 qui vit le courant emporter 18 moulins entre Fresselines et Argenton. Histoire paisible et heureuse, parce que l’eau fait aussi de la Creuse le paradis légendaire des pêcheurs et celui, réputé, du thermalisme avec Evaux-les-Bains.
Peut-on enfin oublier que l’eau y alimente aussi le rêve ? Monet, Guillaumin, Detroy et tant d’autres ne s’y sont pas trompés, et ce n’est pas un hasard si l’Ecole de Crozant est née de la découverte de tels paysages. Pour qui sait voir, n’est-il pas vrai qu’en Creuse chaque vallée révèle un peu le bleu du ciel ?

Robert Guinot nous donne là un livre de sourcier. Réveillant légendes, anecdotes, souvenirs oubliés, ouvrant pour nous l’album des photographies d’autrefois, il nous invite à prendre l’eau à témoin partout où elle se trouve et il la célèbre comme un bien précieux. « Ici plus qu’ailleurs, écrit-il, l’eau n’est-elle pas la promesse de l’avenir ? »