Aussi loin que l’on remonte dans le temps, magie, sorcellerie et « guérissage » naissent à la croisée des chemins. Que nous importent la foi et le crédit qu’on leur accorde, on ne peut les nier. Ces pratiques, parfois étranges, suscitent des comportements souvent étonnants, éveillent un intérêt qui n’a de frontière, ni la lisière entre la ville et les champs, ni les décennies, ni les siècles qui séparent les générations. Fort de ce constat, Maurice Robert a voulu mener sur le terrain une enquête rigoureuse. « Je ne suis ni médecin, ni guérisseur. Je suis ethnologue » précise-t-il en préambule. Voilà qui donne la clé de ce livre dense, nourri d’informations, orales ou écrites, recueillies avec patience et rigueur. On y découvre l’usage du poil de vache pour lutter contre « l’enrabage » et celui de la poêlée de genêts pour calmer le feu du zona. Diable, démons, sorciers, voyantes et loups-garous mènent naturellement un grand sabbat. Mais à malin, malin et demi… Sous le soleil de Satan et au fil des pages de Maurice Robert, on ne s’ennuie pas. Non seulement on rencontre une singulière galerie de guérisseurs, tel le curé de Pageas (Haute-Vienne) ou la jeteuse de sort de Meyssac (Corrèze), mais encore des bêtes, des plantes, des fontaines aux pouvoirs magiques. À ce jour, aucun ouvrage de cette importance n’avait été réalisé sur ce sujet en Limousin. Maurice Robert a conjuré le mal. Mieux encore, il a pris soin, traquant le secret et le sacré, jusque dans l’ombre des bergeries limousines, de ne jamais juger les faits et les pratiques qu’il expose, laissant au lecteur une liberté absolue : celle, bien entendu, d’y croire ou de ne pas y croire… Maurice Robert vit en Limousin. Ethnologue, il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages consacrés pour la plupart à l’étude de la société rurale, domaine dans lequel il est reconnu aujourd’hui comme un auteur de référence.