Né en novembre 1815 dans la Creuse profonde, parti à pied, le 26 mars 1830, pour Paris afin d’y travailler comme aide-maçon, Martin Nadaud adhère quatre ans plus tard à la Société des droits de l’homme, fréquente les écoles gratuites, enseigne la lecture et l’arithmétique à ses camarades, devient compagnon, puis maître compagnon. A la veille de la Révolution de 1848, il conduit les travaux de la mairie du Panthéon. Elu député de la Creuse en 1849, Martin Nadaud est arrêté et emprisonné au matin du 2 décembre 1851. Exilé à Bruxelles, puis en Angleterre, il rentre en France en 1870 et accepte alors d’être nommé préfet de la Creuse par Gambetta. Elu conseiller municipal de Paris en 1871, puis député de l’arrondissement de Bourganeuf en 1876, il se retire sur sa terre natale après sa défaite aux élections législatives de 1889. Témoin de la rude existence des paysans creusois sous la Restauration, partageant la dure vie des maçons migrants sous la monarchie de Juillet, exilé sous le Second Empire avant d’être comblé d’honneurs sous la Troisième République, ami de Blanqui, de Delescluze et de Louis Blanc, Martin Nadaud incarne tout un pan de l’histoire politique et sociale du xixe siècle. Ces Mémoires de Léonard, un hommage de piété filiale destiné à ses petits-enfants et publié trois ans avant sa mort, témoignent d’une vie probe et sincère, passée, aux côtés des républicains et des francs-maçons, à éveiller la conscience politique populaire. Ce beau document humain, écrit par celui qui prononça dans son discours du 7 mai 1850 la phrase célèbre : « A Paris, lorsque le bâtiment va, tout va », est un classique de la littérature ouvrière. Maurice Agulhon, ancien élève de l’Ecole normale supérieure, docteur ès lettres, professeur au Collège de France, spécialiste de la société française du xixe siècle, a intégralement conservé et soigneusement annoté le texte imprimé de la première édition des Mémoires.