Ici, les saints font partie de la famille… C’est assurément ce que l’on retiendra après avoir lu cette enquête passionnante qu’Alain Mingaud consacre aux ostensions limousines. Car ces dernières, avant toute chose, sont l’expression d’une ferveur populaire sans pareille envers des saints réputés guérir les hommes et les bêtes, apaiser la folie ou l’épilepsie, éloigner la guerre ou le mauvais temps.
Qui dit saints dit d’abord dévotions en tous genres. N’allait-on pas jusqu’à gratter le tombeau en calcaire de tel protecteur pour en consommer ou conserver la poudre ? Et l’auteur de nous rappeler que la piété limousine était telle à travers tout le diocèse qu’au XVIème siècle il fallut se résoudre à donner un rythme septennal aux ostensions « pour lutter contre une véritable inflation de sorties des saints lors d’événements graves ou pour la venue de touristes prestigieux ».
Aujourd’hui, de « thérapeutique », le rôle des ostensions est surtout devenu festif. « Leur statut a évolué dans l’imaginaire collectif », explique l’auteur, pour devenir une fête incontournable qui rassemble parfois une diaspora venue de fort loin. Ainsi, à Saint-Junien « où le panneau Honneur à Marie voisine avec la plaque de la rue Karl-Marx », le nombre des figurants dans le cortège de clôture a doublé en un siècle alors que la population de la ville est restée stable. Voilà bien qui donne à penser que les ostensions ont bravé la modernité et cela pour longtemps encore…

Originaire de Saint-Junien, Alain Mingaud participe pour la première fois aux Ostensions en 1960 en tant que figurant. Depuis, il n’a de cesse de s’impliquer dans les cérémonies qui se déroulent dans sa ville natale. Il oeuvre ainsi successivement comme photographe, commissaire d’expositions, rédacteur de catalogues
et de programmes, membre du comité organisateur, conférencier, et enfin conseiller technique. Collectionneur, il dispose de documents hétéroclites sur les Ostensions, certains très anciens, qu’il porte à la connaissance des lecteurs.