En 1769, Étienne vient au monde chez un petit métayer du comte de Bourbon. Très tôt, il secondera son père Toinou, maniera l’araire et se courbera, faucille en main, sur le champ de blé. Les paysans de son village, réduits à un quasi-état de servage, soumis aux misères du temps et aux exigences des puissants, sont quelquefois contraints de manger des fougères. Ne supportant ces conditions ni pour lui-même ni pour les siens, il décide, à dix-huit ans, de partir « à la maçonne » à Paris. Son courage et son intelligence lui permettent de devenir compagnon maçon, puis maître compagnon. Il apprend à lire, à écrire, et transmet son savoir à d’autres ouvriers.
Pris en amitié par son patron et curieux de tout, il fréquente les jacobins, puis les loges maçonniques, mais aussi les compagnons du Tour de France. Il participe aux journées de la Bastille et s’engage dans la Révolution aux côtés des artisans des faubourgs. Cette vie foisonnante ne lui fait pas oublier son pays, où l’attendent sa jeune épouse Noémie et son fils. Chaque automne, il y retourne, louis d’or et d’argent en poche, et ne rechigne pas à endosser ses habits de paysan ou à apprendre le métier de sabotier dans l’atelier de son beau-père.
Issu d’une famille d’artisans-paysans, Maurice Robert a su tisser, avec vérité et sensibilité, un beau roman populaire. Il dépeint aussi bien une société paysanne misérable que les quartiers populaires parisiens en révolte.