Jamais les blés n’avaient été aussi blonds… En ce printemps 1939, on travaille dur et chaque jour la terre se charge de promesses. En faut-il davantage pour réchauffer le cœur de tous ceux que la mort de Maria a laissés inconsolables. Car Maria était l’âme de ce pays. Elle connaissait les plantes, les humeurs des saisons et même les secrets des bêtes de la forêt. Et chacun l’aimait passionnément, à commencer par Toussaint, le journalier, poète et vagabond, qui, au nom de cet amour jamais avoué, a décidé de rester pour fleurir sa tombe et prêter main-forte à sa famille.
Maria, qui devinait tout, avait-elle aussi pressenti que l’orage menaçait ? Soudain la guerre éclate, les hommes sont appelés sous les drapeaux et les premiers réfugiés lorrains arrivent. Autant de bouleversements qui troublent le cours des jours, suscitent jalousies et rancœurs, réveillent de terribles instincts. Tandis que les uns se complaisent dans la collaboration, les autres rejoignent la Résistance. Les passions sont exacerbées, les ombres se dérobent, les traquenards sont tendus au coin du bois.
En attendant l’heure de la Libération, une haine sourde s’est emparée du bocage. Mais l’esprit de Maria veille. Et, par-delà la mort, son souvenir, comme un précieux héritage, suffira peut-être à éviter la tragédie et à réconcilier les siens.