Lucien Gachon a labouré la terre. Il la porte en lui, en connaît les parlers et les rites : il en sait l’âme. Maria nous mène au cœur de la vie de nos campagnes, au lendemain de la guerre de 1914-1918. Le paysan vit encore en symbiose avec les lois contraignantes de la nature, qu’il accepte avec une sagesse teintée de lassitude. Son pessimisme foncier, un brin fataliste, s’allie à l’ardeur de la tâche. Il se livre peu : la besogne quotidienne le révèle plus que les petites joies et les grandes peines. Son univers se limite aux frontières du village, ce solide rempart contre une civilisation qui veut le bousculer. Isolé des bruits du monde, son terroir est son royaume.
Maria peint avec fidélité cette vie de paysan. L’héroïne a entr’aperçu les fièvres citadines et l’amour romancé. Mais, très vite, dès son arrivée dans sa belle-famille, s’engage une lutte sans merci pour la maîtrise de la terre. L’histoire, affrontement impitoyable des jeunes et des vieux, peut sembler bien sombre. Pourtant, habités par des forces souterraines, ces êtres taillés dans le roc emportent notre sympathie : une vitalité touchante se cache au tréfonds de leur campagne rugueuse.

Loin du roman rural qui se contente de chanter la douceur des collines, le rythme des saisons et les caprices du ciel, Maria est un joyau ciselé par l’âpreté du labeur et des jours. Il a frôlé le prix Goncourt en 1925 et Alexandre Vialatte l’a qualifié de « maître-livre ».