Que sait-on aujourd’hui de ce que fut, pendant la guerre, la vie, jour après jour, des juifs réfugiés à Brive, à Tulle, à Périgueux ou Guéret ? Que sait-on du quotidien dans les petits « collèges » qui, tels celui de La Souterraine en Creuse, abritèrent des adolescents traqués ? Et de toutes ces institutions plus ou moins formelles qui, à Bergerac comme à Issoudun ou Saint-Léonard-de-Noblat, bravant les lois des années noires, contribuèrent à la survie de centaines d’enfants ?
La mémoire, le temps passant, a fait mine d’oublier. De ces heures longues, de ces lieux de refuge, il ne restait hier encore que des souvenirs épars, quelques témoignages parus ici ou là à la faveur d’un anniversaire ou d’une commémoration, des bribes de ce que l’on a appelé « des vies de passage ». Aussi fallait-il — et le moment en est venu — que témoins, historiens, archivistes, se retrouvent autour d’une même table pour endiguer l’amnésie collective.
C’est aujourd’hui chose faite. Avec la parution d’Enfances juives, la région R5 terre de refuge, un immense pas vient d’être accompli. Sous la direction de Pascal Plas,, les pièces du puzzle, longtemps disséminées, sont enfin rassemblées et la partition des lieux et des noms est recomposée. Ainsi le souvenir des enfants juifs de Dordogne et de Corrèze et le courage de ceux qui, n’écoutant que leur cœur, surent les accueillir et les protéger, se s’effaceront plus.
Somme sans précédent de récits et de communications, Enfances Juives, la région R5 terre de refuge, ne nous parle pas seulement de « sauvetage » et de « planquage ». Entre les lignes, ce livre est aussi un album de visages qui nous interrogent avec de grands yeux et nous supplient de ne pas oublier.