Les familles des victimes du massacre du 10 juin 1944 attendaient de l’Etat que justice soit rendue à leurs morts. Mais la France « conservatrice » de la ive République est empêtrée dans des conflits politiques nés du contexte intérieur et de la situation internationale.
Plusieurs lois d’amnistie ont déjà été votées et l’incompétence de différentes juridictions pénales prononcée lorsque s’ouvre enfin, le 12 janvier 1953, devant le tribunal militaire de Bordeaux, le procès de 21 exécutants, allemands et français, alors que les donneurs d’ordre, les officiers nazis, sont confortablement installés en zone d’occupation américaine, britannique ou soviétique, c’est-à-dire aussi bien en Allemagne de l’Ouest qu’en Allemagne de l’Est.
Les audiences du procès de Bordeaux témoignent de l’indifférence des accusés et de la dignité des témoins, pourtant souvent empêchés par le président de dire ce qu’ils ont sur le cœur. La présence au banc des accusés des 13 « malgré nous » provoque des remous au sein de la classe politique et dans la presse. D’autant que ces incorporés de force et les élus alsaciens attendent des juges plus qu’un acquittement, une réhabilitation. De leur côté, les familles des martyrs, soutenues par le parti communiste, espèrent la manifestation d’une justice vengeresse.
Jugé inique pour des raisons opposées, tant par la défense que par les familles des victimes, le verdict — deux condamnations à mort et des peines de prison ou de travaux forcés — suscite des protestations dans tout le pays. Sensée mettre un terme aux manifestations en Alsace, ce qui est la priorité du gouvernement, la loi d’amnistie du 20 février 1953 déclenche une vive riposte à Oradour : la croix de guerre et la Légion d’honneur, reçues respectivement en 1948 et 1949, sont rapportées à la préfecture, et sont affichés aux entrées des ruines les noms des 13 « monstres » ainsi que la liste des parlementaires ayant voté la loi.
Chef de projet et directeur du Centre de la mémoire d’Oradour de 1994 à 2000, Jean-Jacques Fouché met en évidence les différentes pièces du dossier pour mieux dresser la chronologie de l’errance politico-judiciaire depuis les réactions à la découverte du crime de guerre et les premières enquêtes jusqu’à la clôture de la procédure en Allemagne en 1995.